Stop à la politique du bouc émissaire : la fraude en ligne se combat ensemble

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Chaque jour, des milliers de citoyens sont confrontés à différentes formes de fraude en ligne. Via des messages et des appels téléphoniques frauduleux ou encore de fausses annonces sur les réseaux sociaux, des criminels parviennent de plus en plus souvent à soutirer leurs codes secrets à leurs cibles ou, par la pression, à convaincre celles-ci d’effectuer des paiements. Il s’agit d’une criminalité organisée, de plus en plus professionnelle et internationale.

Cela fait de la fraude en ligne un grave problème de société. C’est précisément pour cette raison qu’il est important que le débat public à ce sujet soit mené de manière appropriée.

Pourtant, ce débat tend de plus en plus à dériver vers une discussion où les banques sont désignées comme principales responsables d’un phénomène aux contours en réalité bien plus large et complexe. Non seulement cette approche est incorrecte, mais elle ne fait pas avancer les choses. Pis encore : l’attention se trouve détournée de la question de savoir comment nous pouvons réellement réduire la fraude en ligne.

Protection et accompagnement

 

Qu’une chose soit claire : les banques ont tout intérêt à ce que la fraude soit évitée. Chaque cas de fraude est un cas de trop qui porte atteinte à la confiance des clients. C’est pourquoi les banques investissent depuis des années massivement dans la sensibilisation, les technologies de sécurité, la détection des fraudes et la collaboration avec les autorités. Chaque jour, de nombreuses transactions suspectes sont interceptées, des flux financiers frauduleux sont bloqués et les clients sont informés des nouvelles formes de fraude. Et quiconque se retrouve malgré tout victime de fraude en ligne mérite une protection, un accompagnement et un traitement correct de son dossier. Là-dessus, il n’y a pas débat.

Mais il ne faut pas non plus perdre de vue que les banques ne sont pas à l’origine de cette criminalité. Les auteurs sont des réseaux criminels qui escroquent quotidiennement les gens en utilisant toute une chaîne d’intermédiaires, de techniques et d’infrastructures. La fraude en ligne commence rarement dans une banque. Elle débute le plus souvent sur des plateformes de réseaux sociaux, via des canaux de télécommunication, des publicités frauduleuses ou des comptes piratés. Ce sont les criminels qui commettent la fraude. Ce sont eux que nous devons identifier et poursuivre. La lutte contre la fraude en ligne ne peut donc jamais incomber à un acteur unique.

Coopération et échanges d’information

 

Pour lutter efficacement contre la fraude en ligne, il faut miser sur une approche coordonnée dans le cadre de laquelle tous les acteurs concernés assument leur responsabilité. Les plateformes de médias sociaux, pour lesquelles la fraude en ligne est devenue un modèle économique lucratif, doivent agir plus rapidement contre les publicités frauduleuses et les faux comptes.

Les opérateurs de télécoms doivent contribuer à prévenir l’utilisation abusive des numéros de téléphone. La police et la justice doivent disposer de moyens suffisants pour détecter et poursuivre les réseaux criminels. Ce, afin d’éviter que 6 dossiers de phishing sur 10 ne soient classés sans suite. Les décideurs politiques doivent veiller à ce que la coopération et l’échange d’informations soient facilités au maximum. Ce n’est que lorsque chaque maillon de la chaîne aura pris ses responsabilités que nous pourrons réellement atteindre les fraudeurs.

Cela ne signifie pas que les banques n’ont aucune responsabilité. Au contraire. De nouvelles initiatives opérationnelles sont en cours de développement, une amélioration de la coopération entre les acteurs est recherchée, et de nouveaux instruments de lutte contre la fraude sont ajoutés, comme un numéro de contact central pour la fraude en ligne. L’ambition est claire : compliquer au maximum la tâche des fraudeurs pour les empêcher de faire des victimes.

Il ne s’agit pas là des efforts d’un secteur qui détourne les yeux du problème. Les milliers de collaborateurs bancaires qui s’engagent quotidiennement dans la lutte contre le blanchiment et la criminalité financière méritent non pas d’être culpabilisés, mais au contraire d’être encouragés et assistés.

L’allégation selon laquelle les banques ne respecteraient pas la loi ou ignoreraient les décisions judiciaires doit également être réfutée. Dans un État de droit, les lois sont respectées et les décisions de justice appliquées. Cela n’empêche pas qu’il puisse exister différentes interprétations de dispositions légales complexes. La jurisprudence elle-même en atteste, puisque différents juges peuvent parvenir à des appréciations divergentes. Le débat juridique n’est pas la preuve d’une réticence à respecter la loi, mais une composante normale d’un État de droit.

“Un problème de société”

 

La question fondamentale est simple : voulons-nous réellement réduire la fraude en ligne ? Si oui, nous devons cesser de désigner un seul acteur comme bouc émissaire. La fraude en ligne est un problème de société qui ne peut être combattu qu’en réunissant tous les acteurs concernés autour d’un objectif commun : arrêter les criminels, protéger les victimes et empêcher la fraude en l’anticipant. Cela ne demande pas de la polarisation, mais un véritable partenariat et une coopération. C’est dans cette direction que doivent aller tous nos efforts, car ce n’est qu’ainsi que le consommateur sera réellement protégé.

Karel Baert, CEO de Febelfin